Coléoptères aquatiques
Qui sont-ils ? Des insectes avec des liens de parenté distendus mais réunis par l'eau

L'ordre des Coléoptères rassemble quelques 350 000 espèces à travers le monde. 11 650 d'entre elles vivent en France, dont environ 660 sont aquatiques à l'une au moins des phases de leur vie. Ce rapport à l'eau réunit une faune hétérogène, répartie en 22 familles, bien différentes aux plans de la morphologie, de la biologie et de l'écologie. Longs de 1 mm à près de 5 cm, les membres de cette communauté sont prédateurs, phytophages, détritivores ou polyphages. Leur respiration est aérienne chez la plupart des adultes, ou subaquatique, le plus souvent chez les larves, par voie transcutanée ou branchiale. Certains nagent, surtout les adultes carnivores, mais la majorité sont plutôt marcheurs dans la végétation ou sur le substrat. Adultes, beaucoup sont aptes au vol, mais les espèces y recourent de façon très variable.
L'attirance pour les milieux humides s'exprime très diversement. Les Coléoptères s'y rencontrent du bord de la mer aux sommets des montagnes enneigées, en passant par les vallées et grandes plaines, boisées ou découvertes. Ils colonisent les écosystèmes lotiques (eaux courantes) et lentiques (eaux calmes), les eaux saumâtres comme les eaux douces, les zones humides permanentes ou temporaires. Ils n'ont pas l'urbanisation dans leur cœur, mais ils ont appris à se méfier aussi des vastes terres terres agricoles modelée par l'Homme. Celui-ci leur a toutefois concédé les bois et forêts, dont l'étendue sous nos climats est restée plutôt stable et relativement protectrice du monde végétal et animal. Les insectes concernés se sont aussi habitués à vivre dans des réserves, de plus en plus nombreuses et représentant assez bien toute la diversité de notre territoire. Ainsi cette diversité se maintient-elle au plan national, sans contredire cependant un appauvrissement inquiétant de la distribution qui, devenue morcelée, surtout pour les espèces les moins aptes au vol, tend à affaiblir avec le temps la pluralité d''ensemble.

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Morphologie et biologie

Les Coléoptères aquatiques sont des insectes holométaboles, la larve ne ressemblant pas aux adultes et passant par une métamorphose complète au cours d'un stade sédentaire: la nymphe. Selon les familles, les quatre étapes (phases) du développement (oeuf, larve, nymphe, adulte), d'ordinaire annuel, ne vont pas prendre place dans le même environnement naturel. Les Adephaga, majoritairement prédateurs, élisent domicile dans l'eau aux stades larvaire et adulte, avec presque toujours un intermède terrestre pour la nymphe. La traversée de l'hiver pour l'imago peut aussi se dérouler à terre. Chez les Polyphaga, la situation est bien souvent identique mais laisse place à quelques exceptions importantes. Ainsi les Helophoridae et Hydraenidae ont-ils des larves terrestres et des adultes aquatiques tandis que les Scirtidae adoptent le contraire.
Les larves, dotées de pattes, connaissent en général trois stades séparés par des mues, mais les Dryopidae, notamment, en comptent davantage. Le système respiratoire des Coléoptères inféodés aux milieux humides est divers et peut différer d'une phase à l'autre du cycle. Les larves récupèrent l'air au travers de leur tégument ou par l'intermédiaire de stigmates qui communiquent avec le réseau interne trachéen. Plus rarement, l'échange se fait dans des membranes externes (les trachéobranchies) et quelques familles percent les tiges ou racines de plantes aquatiques. Pour leur part, les adultes emmagasinent de l'air sous leurs élytres ou la retiennent sous le corps dans les poils d'un plastron.
Le changement morphologique de l'insecte issu de la métamorphose se traduit assez couramment par un bouleversement du régime alimentaire. Le cas est fréquent chez les Hydoptilidae, dont la larve carnivore se transforme en adulte phytophage.
La morphologie des adultes a parfois évolué pour s'adapter à la nage. Les prédateurs de grande taille ont ainsi un profil hydrodynamique en ovale allongé avec des pattes également modifiées. Plus petits les Gyrinidae (photo jointe) sont capables de prouesses natatoires à la surface de l'eau, grâce à des pattes en éventail, tandis que leurs yeux divisés séparent physiquement visions aérienne et subaquatique. La silhouette des Adephaga de faible dimension peut avoir l"élégance des plus grands mais le contour ovoïde, se maintient généralement dans l'ovale plus ou moins allongé. Les Polyphaga, à l'exception des espèces de forte stature, n'ont pas à se soucier d'avancer rapidement dans l'eau. Les formes hémisphériques et convexes sont fréquentes tout comme des conformations subparallèles. L'esthétique peut sembler généralement assez terne, mais l'éclat métallique des Hydrochidae et des Donaciidae réserve parfois de belles surprises.

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Ecologie

Les milieux lentiques comportant une dense végétation attirent le plus grand nombre d'espèces qui abondent tout particulièrement le long des berges et aux faibles profondeurs. C'est le lieu de rencontre privilégié entre les insectes marcheurs et leurs prédateurs voraces et bons nageurs. C'est aussi le lieu où s'effectue la liaison entre les populations aquatiques et semi-aquatiques, la séparation entre les deux entités demeurant toujours ténue, même pour une espèce donnée, qui passe parfois de l'une à l'autre en fonction de la phase du cycle vital.
Si le domaine lotique rassemble beaucoup moins d'espèces que les eaux tranquilles, certaines d'entre elles peuvent néanmoins s'adapter aux deux milieux. Ainsi quelques Dytiscidae, à la recherche de micro-organismes, se déplacent aisément, de préférence à l'abri des plantes ou débris végétaux. Les autres, détritivores ou phytophages, restent accrochés sous les pierres ou dans les mousses et plantes sans s'exposer à la violence du courant. C'est le cas des larves et adultes d'Elmidae. Quelques espèces restent en surface en s'incrustant dans les troncs et grosses branches de bois flotté. Chez les Hydraenidae, certaines espèces se mêlent aux communautés d'eaux courantes, alors que d'autres colonisent préférentiellement les marécages ou les berges.
La variété des modes de vie des Coléoptères aquatiques en matière d'habitat, d'alimentation, d'aptitude au vol, de cycle vital ou de résistance aux pollutions, leur assure une présence dans toutes nos régions, avec des tendances, selon les familles, cosmopolites ou endémiques. Il s'agit toujours d'insectes passionnants à étudier pour le naturaliste amateur ou professionnel.
 

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